Guillaume Larrivé, député : "La Gendarmerie doit rester une force militaire"

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Guillaume Larrivé, député : "La Gendarmerie doit rester une force militaire"

Message  Alain Vasseur le Mer 24 Déc 2014 - 18:50

Interview parue le 24.12.2014  sur le site de l'Essor.  Propos recueillis par Pierre-Marie Giraud et Matthieu Guyot

Guillaume Larrivé, 37 ans, est député de l’Yonne, membre de la commission des lois et secrétaire national de l’UMP à la réforme des institutions. Maître des requêtes au Conseil d'État, il a été directeur adjoint du cabinet de Brice Hortefeux dans ses différentes fonctions ministérielles : de 2007 à 2009 au ministère de l'Immigration, en 2009 au ministère du Travail, et de 2009 à 2011 au ministère de l'Intérieur. Il a également été, de 2011 à 2012, conseiller pour les affaires institutionnelles à la présidence de la République.
Que pensez-vous des arrêts de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) par lesquels la France a été condamnée dans les affaires Matelly et Adefdromil ?
J'ai la conviction que la République est forte grâce à des institutions solides, dont l'identité est respectée. C'est pourquoi je suis très réservé, c'est le moins que l'on puisse dire, à la lecture de ces arrêts. La Gendarmerie nationale est une force militaire et elle doit le rester. Dès lors, je suis convaincu que l'expression légitime des gendarmes ne doit pas prendre une forme de nature syndicale.
Je suis totalement hostile à l'idée que l'on crée des syndicats au sein des armées, et c'est la porte qu'ouvre, bien imprudemment, la Cour européenne des droits de l'homme. J’ai donc interpellé le ministre de l'Intérieur, à l’Assemblée nationale, pour lui demander de faire appel contre ces arrêts. Je regrette que, pour l’heure, le gouvernement semble les accepter.
Notre tradition républicaine, c’est que l’expression militaire se fait d’abord par la voie hiérarchique. Cette expression passe par la confiance que doit avoir le chef envers ses hommes, à tous les échelons, et dans la confiance que les hommes doivent avoir envers leurs chefs. Mon père est colonel d’artillerie en retraite, mes deux grands-pères ont été gendarmes dans l’Yonne : je connais et je respecte la culture militaire, au service de la République.
Pour autant, la Gendarmerie a mis en place, avec la feuille de route, des outils permettant de cour-circuiter la chaîne hiérarchique, que ce soit pour signaler des problèmes ou proposer des améliorations. N'est-ce pas le signe des limites des instances de concertation existantes ?
Ces instances de concertation ont leur utilité. Mais dans la vie, les courts-circuits provoquent parfois des incendies… Comprenez-moi bien. Je mesure l’importance, au sein de l’Arme, à la fois de la camaraderie et de la hiérarchie. Il y a naturellement un esprit de corps au sein de la Gendarmerie.
Lorsque je servais au ministère de l'Intérieur, nous tenions une « réunion de police », trois soirs par semaine, place Beauvau, au plus haut niveau de commandement : les trois directeurs politiques (le directeur de cabinet et les deux directeurs adjoints) et les trois chefs des forces (les directeurs généraux de la Gendarmerie et de la Police nationale, le préfet de police). Je peux témoigner que le patron de la Gendarmerie sait faire part à l’autorité politique, très directement, des attentes de son corps. Il sait défendre la Maison !
Cette attitude existe au plus haut niveau, mais aussi à l'échelon territorial, au sein des régions, des groupements, des compagnies et des communautés de brigades. Est-ce parfait ? Non, bien sûr. Le dialogue est une vertu qu’il faut toujours garder à l’esprit. Et il faut le faire vivre, avec simplicité, sans craindre d’aborder toutes les questions qui préoccupent légitimement les gendarmes et leurs familles.
L'UMP n'a pas voté le budget de la Gendarmerie. Qu'est-ce qui posait problème ?
J'ai voté contre le budget présenté par le ministre de l’intérieur pour 2015 parce que je considère que la politique de sécurité, qui doit inclure la chaîne pénale, dysfonctionne. On ne peut pas à la fois demander aux forces de sécurité intérieure de continuer à effectuer leur mission sur le terrain, tout en leur mettant des bâtons dans les roues à cause d’une politique pénale insuffisamment ferme. Ce que Bernard Cazeneuve cherche à faire d’une main, Christiane Taubira le défait de l’autre. J’ajoute que les crédits de la gendarmerie nationale sont très insuffisants, tant en fonctionnement qu’en investissement.
Qu'auriez-vous préconisé ?
Le budget est évidemment contraint par la situation globale des finances publiques, extrêmement préoccupante dans un pays où ce que l'on produit chaque année représente le montant de la dette publique. Dans ce contexte, il faut assumer de vrais choix. J’ai proposé, par exemple, qu’on baisse de 500 millions d’euros le budget de l’aide médicale d’Etat allouée aux clandestins et qu’on affecte ces crédits au budget de la Gendarmerie et de la Police.
Plus les finances publiques sont contraintes, plus il faut renforcer le cœur régalien de l'État : les forces de sécurité intérieure, la défense nationale et l’autorité judiciaire.
L'état du parc immobilier est un problème de longue date.
Bien sûr ! Le parc immobilier a vieilli. Il y a un casernement très vaste, ce qui est tout à fait légitime, pour les 96 000 militaires de la Gendarmerie. Je suis attaché au maintien du logement, qui est la contrepartie de la disponibilité des gendarmes et une condition d'efficacité majeure. Le logement constitue même un système d'armes dans la Gendarmerie !
C'est surtout le casernement domanial qui est en très mauvais état.
L'État n'entretient pas ses casernes J’en suis conscient : il y a un énorme rattrapage immobilier qui doit être conduit.
Un rattrapage qui n'est financièrement pas possible.
Ce sera assez peu le cas en 2015, hélas. Mais je ne veux pas être démagogue : ce serait facile, en tant que député de l'opposition, de dire « il n'y a qu'à faire ceci, il faut que l'on fasse cela ». Si nous revenons aux responsabilités gouvernementales, demain, nous aurons nous aussi le mur de la dette et du déficit public à affronter. Ce que je pense, c'est que dans la masse de l'ensemble des crédits de l’État, on doit faire jouer certaines lignes. Ma priorité, c’est le cœur régalien de l’État. Faisons moins de dépenses d’assistanat social et investissons dans les forces de sécurité.
Quel bilan peut-on tirer aujourd'hui du rattachement de la Gendarmerie au ministère de l'Intérieur, qui date de 2009 et qui avait suscité beaucoup d'inquiétude parmi les gendarmes à l'époque ?
Ce rapprochement n'est pas une fusion et ne doit pas l'être. C'est essentiel. Je crois fermement à la nécessité de maintenir deux forces organiquement distinctes, ayant une identité différente, l'une civile et l'autre militaire, avec chacune une chaîne de commandement propre. C'est un enjeu d'efficacité, parce que les zones d'intervention ne sont pas les mêmes et parce que je crois aussi à la nécessité pour le pouvoir politique de la République d'avoir deux forces.
Le rapprochement a deux vertus. La première, c'est qu'il permet un pilotage de la politique de sécurité plus cohérent. Pour le dire autrement, il est tout à fait légitime que le ministre de l'Intérieur exerce son autorité sur les deux forces, même si elles ont chacune leur chaîne de commandement propre. Il faut un patron la sécurité intérieure. Le deuxième avantage est plus fonctionnel, plus matériel. Un certain nombre de mutualisations de moyens sont légitimes, compte tenu de la contrainte budgétaire. Je pense aux hélicoptères ou aux laboratoires de police technique et scientifique, par exemple.
Que pensez-vous de l'affaire de Sivens, où le militant écologiste Rémi Fraisse a trouvé la mort lors d'affrontements avec les forces de l'ordre ?
La mort d'une personne est toujours un drame, mais j'ai été révolté par la mise en cause injuste des militaires de terrain, par des hommes et femmes politiques qui n'y connaissent rien, et notamment par les Verts à l’Assemblée nationale. Je n'ai aucun reproche à faire aux militaires de la Gendarmerie, qui ont dû agir dans des conditions extrêmement difficiles.
Ils sont intervenus, de nuit, face à des manifestants extrêmement agressifs, pour partie armés de bouteilles d'acide, et ils ont respecté les procédures qui sont les leurs.
Ne cédons pas à des groupuscules qui ne représentent qu’eux-mêmes ! Force doit rester à la loi. Et ne désarmons pas, demain, les gendarmes qui devront assurer des missions de maintien de l’ordre délicates : contrairement à l’actuel ministre de l’Intérieur, je ne suis pas favorable à l’interdiction systématique des grenades offensives, qui restent utiles pour intervenir dans des situations difficiles.
Vous voulez dire que les reculades politiques face aux contestations violentes, comme il y a pu en avoir également lors des manifestations des bonnets rouges, donnent de mauvais signaux ?
Ce n'est pas comparable car les dossiers de fond sont très différents. L’affaire de Sivens est un dossier simple, en réalité : c’est un projet d’aménagement local, consistant à créer une retenue d’eau, bien monté par les acteurs économiques locaux et l’autorité préfectorale. Il n’y avait aucun motif pour que l’État cède devant un groupuscule gauchiste. L’affaire des Bonnets rouges est plus compliquée : il s'agit de l'écotaxe, qu'il fallait absolument revoir de fond en comble.
Autant je fais reproche au gouvernement d'avoir reculé sur le dossier Sivens, autant sur le sujet de l'écotaxe il était nécessaire de remettre à plat le dispositif fiscal. Mais sur le principe, vous avez raison : force doit rester à la loi. Les décisions de l'État doivent être prises au Parlement et au gouvernement, et non dans la rue, en cédant à celui qui crie le plus fort !
Au sujet de l'inflation législative, on a beaucoup reproché au gouvernement précédent de légiférer en réaction à l'actualité. Qu'en pensez-vous ?
J'observe, et je m'en réjouis, que les lois votées sous l'autorité de Nicolas Sarkozy, ministre ou Président de la République, ou de Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, notamment les lois d'orientation pour la sécurité intérieure, sont toujours en vigueur. L’opposition socialiste de l'époque, une fois devenue majorité, s'est bien gardée de les abroger !
Tant mieux : il y a une continuité de l'État. Il est légitime que des outils juridiques nouveaux soient donnés aux forces de l'ordre pour tenir compte de l'évolution technologique, et notamment des progrès informatiques. C'est un sujet majeur qui nous a beaucoup préoccupés. Là où je pense qu'il faudrait beaucoup plus de stabilité, c'est en matière pénale.
Précisément parce qu'il faut de la clarté dans la sanction. La certitude de la sanction, c'est la première prévention. Je pense profondément que le gouvernement actuel a bien tort de bouleverser le droit pénal, en supprimant les peines planchers, en supprimant les tribunaux correctionnels pour mineurs, et en créant cette « contrainte pénale » qui va mécaniquement vider les prisons…
Que pensez-vous de la réforme de l'outil statistique du ministère de l'Intérieur, initiée par Manuel Valls et poursuivie par Bernard Cazeneuve ?
Il faut que ces questions ne soient pas traitées de manière partisane. Au sein des forces de sécurité intérieure, comme parmi ceux qui les pilotent politiquement, à droite comme à gauche, il faut dépolitiser ces questions. Concrètement, je serai vigilant, mais je demande à voir ce nouvel appareil statistique qui est en cours d'élaboration. Il faut que l'on soit capable d'avoir un bon système d'évaluation, qui ne soit pas biaisé.
Je ne crois pas aux chiffres magiques, et notamment au chiffre de la délinquance globale. Que veut dire le taux d'élucidation des affaires criminelles par rapport à celui des situations d’étrangers en situation irrégulière, où il est de 100 % puisque le fait constaté est en même temps élucidé ? Mais cela ne veut pas dire qu'il faut casser le thermomètre, au contraire, il faut en avoir un grand nombre. Pour que les forces de l'ordre et les gouvernants puissent rendre des comptes aux citoyens, il faut des indicateurs.
Pensez-vous qu'il serait possible, matériellement, de lier les statistiques du ministère de l'Intérieur et celles du ministère de la Justice ?
Evidemment ! C'est une nécessité absolue. Pour mesurer efficacement l’efficacité de la politique de sécurité, il faut prendre en compte celle des forces de sécurité intérieure, mais aussi celle de l'autorité judiciaire. Et cela suppose, au plan technique, une intégration d'un certain nombre de traitements de données, ce qui n'existe pas aujourd'hui. Il faut qu’on parvienne à rendre compte du traitement d’une affaire du début jusqu’à la fin de son traitement judiciaire.
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Alain Vasseur

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